Sûreté nucléaire : vive inquiétude autour d'un projet de réforme
- verdelet4
- 16 mars 2023
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Le 8 février dernier, le gouvernement annonçait le projet de démantèlement de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) (Le Monde, 16 février 2023), les compétences techniques de l’IRSN devant fusionner avec celles de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) et du Commissariat à l’Energie Atomique (CEA). Selon la lettre de mission signée par la ministre de la transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, cette décision vise à « fluidifier les processus d’examen technique et de prise de décision de l’ASN pour répondre au volume croissant d’activités lié à la relance de la filière nucléaire souhaitée par le Gouvernement ».
Cette annonce a bien sûr suscité de vives réactions. Tout d’abord, pour la deuxième fois de l’histoire de l’IRSN, ses salariés ont été appelés par l’intersyndicale à protester contre ce projet de réorganisation en faisant grève le 20 février (car cette date était la limite donnée par le gouvernement aux directions de l’IRSN, de l’ASN et du CEA pour proposer des « premières mesures et une méthode de travail »).
Rappelons que la décision du gouvernement intervient alors que de nombreux dossiers devront être très prochainement examinés par l’ASN : dossier des nouveaux réacteurs dont le gouvernement souhaite lancer la construction, prolongation du parc actuel au-delà de cinquante et même soixante ans (Le Monde, 23 janvier 2023), autorisation de création du centre d’enfouissement des déchets radioactifs Cigéo, ou encore le projet de petit réacteur modulaire « Nuward » d’EDF. Ajoutons la découverte de nouvelles fissures inquiétantes à Penly et Cattenom (Le Monde, 9 mars 2023), ou la contamination chronique de la flore aquatique par des substances radioactives rejetées dans la Garonne par la centrale nucléaire de Golfech probablement pendant l’un des épisodes caniculaires de l’été 2022, information peu médiatisée, qu’une des adhérentes du Verdelet nous a communiquée (francetvinfo.fr le 9 février 2023).
Dans ce contexte, la décision du gouvernement de démanteler l’IRSN a de quoi susciter l’inquiétude. « Le risque est celui d’un effondrement de la confiance sociale » (tribune signée par 81 chercheurs et experts de l’environnement dans Le Monde, 21 février 2023). Pour d’autres, cette décision constitue une « dérive technocratique dangereuse » (tribune signée par 3 anciens présidents de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques dansLe Monde, 6 mars 2023). Le 13 mars, c’est au tour de la CRIIRAD (Qui sommes-nous ? - CRIIRAD) de s’exprimer : « L’objectif prioritaire ne doit pas être de « sécuriser le calendrier des futurs programmes » mais d’assurer l’évaluation correcte des risques, la protection effective de la population et des travailleurs, un réel droit d’accès aux informations et de participation au processus de décision. » (Article de la CRIIRAD le 13 mars 2023)
Le Comité du Verdelet s’associe à ces craintes et à cette double exigence de transparence sur l’état réel des installations nucléaires et d’indépendance vis-à-vis des ministères.
Hier mercredi 15 mars, les députés de l’Assemblée nationale ont majoritairement rejeté cette réforme très controversée de la sûreté nucléaire. Mais le débat va se poursuivre, le texte devant continuer sa navette parlementaire. (Le Monde, 15 mars 2023).
Pour en savoir plus, une émission a été consacrée par France Culture à ce sujet le 27 février 2023, elle est à réécouter ici : Sûreté nucléaire : comment maintenir la confiance ? (radiofrance.fr)



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